Expo collective d'août - Le Faux - Garage L

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Expo collective d’août - Le Faux

Expo collective d’août - Le Faux

L’exposition collective d’Août : Tout est faux !

APPEL A PROJETS

Le Garage L invite les artistes qui souhaitent participer à l’exposition collective d’août à nous faire parvenir leurs propositions sous quelque forme qu’elle se présente.

Le thème est ouvert avec pour fil conducteur le faux...
La forme est libre, aucune contrainte à ce niveau...
L’angle d’approche est libre et les contre-sens autorisés...

Le Faux : est faux ce qui imite l’original, c’est une copie qui donc n’en a pas toutes les caractérisistiques... le faux est aussi le non-vrai, c’est ce qui ment et ne dit pas la vérité... le faux est l’usurpateur, celui qui triche et use de faux-semblant... le faux est synthétique, artificiel... le faux est souvent caricatural, il simplifie et accentue les caractères évidents en oubliant les nuances... le faux n’a aucune valeur...

Des multiples visages du faux
Quelques réflexions en vrac autour du vrai et du faux par Romuald Sourisse

Produire & Conserver l’Humain Virtuel

Depuis 30 ans la production intellectuelle et artistique humaine est supportée peu à peu presque exclusivement par le numérique. Là où nous avions un véritable objet d’art authentique (un Vrai Vermeer d’Epoque...) nous avons aujourd’hui une représentation virtuelle électronique de cet objet qui, au final, n’existe qu’en principe (Comment conserver un ensemble d’électrons agités imprimé sur une couche de gélatine instable ?). L’homme produit du virtuel. Soyons plus précis : l’industrie produit du virtuel.

Mais là l’industriel est pris à revers car le virtuel est bel et bien virtuel, reproductible et donc accessible sans échange d’une contre-partie économique par ailleurs discutable. Le concert donné par untel reste donc le seul réel objet d’art, en termes musicaux. De même pour la peinture et la photographie, le réel reste la réalité. Mais on préfère l’oublier et condamner réellement le consommateur virtuel.

C’est un grave problème pour la société car aujourd’hui il lui faut conserver du virtuel. Et du virtuel sur-multiplié, car facile a imiter, les données étant maintes et maintes fois répétées, et comme les chiottes de Duchamps les oeuvres existent virtuellement partout et pour tous. L’art a abandonné l’éternel pour accepter le provisoire et l’éphémère, mais était-il prêt à devenir une virtualité à conserver ? Car c’est l’angoisse de notre temps que de vouloir tout conserver - et nous sommes bien placés pour le savoir ! - et c’est la contradiction qui est née de cette angoisse qui s’auto-alimente.

Or si l’artiste crée un réel provisoire, la société s’efforce de conserver un réel inoxydable, impérissable, comme si la réalité pouvait soudainement disparaitre... Alors comment concilier les deux ? L’artiste est-il par définition condamné à être en opposition avec la société qui l’entoure ? Qui est dans le vrai ? L’artiste est celui qui use de l’artifice, celui qui dénature la réalité - la nature autrefois, l’industrie aujourd’hui - l’artiste est le faussaire... et le conservateur cherche à le rendre vrai et authentique...

Tout est faux !

Le faux, dans l’art, est une imitation, une copie qui ne possède pas toutes les caractéristiques de l’original. C’est du moins la vision de celui qui a besoin d’authentique, celui qui bénéficie de cette notion, économiquement parlant...

Mais où est l’original ? Au Musée bien sur !

Comment distinguer l’original de la copie ? La copie est signée et identifiée comme telle. Le vrai est un faux signé.

Mais où est passé le vrai vrai ?
Le faux, ou la copie, pose un véritable problème à la société qui le produit, car il faut conserver à tout prix le savoir et la production humaine. Mais comment conserver un faux ?
Très facile : interdire la fausse copie, et ainsi protéger le vrai original. On défend alors avec acharnement les vraies copies. Car la copie est devenue vraie : c’est elle qui va rapporter à son auteur (disons surtout à son producteur). Davantage que l’original. Qui se soucis de l’original ? Non ce qui est vrai aujourd’hui c’est la copie. Regardez avec quel vigueur et quels moyens on a attaqué le gars qui a signé le bidet de Duchamp : 40000 euros de restauration pour un objet clairement défini comme étant une copie interchangeable ! Imaginez, sur ce principe, comme il est devenu facile de faire prendre de la valeur aux choses : il n’y a plus un objet mais une infinité commercialisable de copies de cet objet. On parle avec grande agitation des prix atteints par les tableaux de Van Gogh, mais qui s’étonne du prix finalement atteint par une oeuvre aussi mineure que le dernier album de Britney Spears ?
C’est là toute l’astuce : en donnant une valeur au faux on multiplie la valeur de l’original. Le vrai vrai c’est la copie payante...

Nous avons peur de l’original. Celui qui se destine à devenir un artiste s’empresse d’imiter son prochain. L’art contemporain c’est : inesthétique et absence de contenu identifiable. C’est la mousse polyuréthane et le plexiglas marié à la salade verte. C’est le bruit d’une machine à coudre avec la pédale bloquée. Assumer un concept clair serait admettre sa simplicité et donc sa réalité. L’astuce est de ne rien dire mais d’en faire assez pour laisser croire que quelque chose se cache là-dedans. On fuit l’individu (honteux, selon la suite logique : individualisme > égoïsme > sur-moi nietzschéen > néo-nazisme) pour adopter le concept précis de l’artiste universel.
Un véritable artiste est affilié maison des artistes, il gagne donc sa vie avec son art et paye ses impôts. Il est là plus qu’il ne fait. Il dit des choses relativement incompréhensibles, ou plutôt : il dit des mots abstraits sans chercher un sens général. Il ne s’exprime pas sans présence d’un micro ou d’un critique. Un véritable artiste ne crée pas un objet, il crée sa présence en un lieu, il crée avant tout un statut.
Et surtout, un véritable artiste vend et rapporte, il est connu. Il vend des copies élaborées par les gens qui le chapotent. Le véritable artiste est ™ et derrière son nom se cache un groupe d’humain, une entreprise. Finalement, comme un retour à l’artiste anonyme qui donnait son nom à l’atelier. Avec cette différence que sa production est virtuelle. Il n’a pas besoin de tripatouiller la nature, il est purement sociétal et patauge dans les produits chimiques.

L’habile société dans laquelle nous évoluons sait dés lors parfaitement comment reconnaitre un véritable artiste d’un autre : il a vendu à la FRAC.

Prenons l’exemple de la bande-dessinée :

Comics Sweet Comics

En Europe nous avons longtemps considéré la bande-dessinée américaine comme une pâle production comparée à notre sacro-sainte BD Belge tintinesque. On a je crois plus de considération pour le texte que pour l’illustration. Et pourtant les ricains ont su inventer une nouvelle forme de narration illustrée particulière : reportez-vous au Arkham Asylum de Grant Morrisson & Dave McKean, ou aux Acme Novelties de Chris Ware, et bien d’autres, vous comprendrez alors de quoi je parle : du comics ! Enfin, je vous souhaite au passage bonne chance car ces ouvrages bénéficient d’une distribution à peu près égale à celle de la cocaïne dans les classes de maternelles.

C’est simple

Le comics c’est tellement la honte que les critiques lui ont trouvé un nouveau nom : la nouvelle graphique. Terme qui n’est d’ailleurs pas mal choisit et qui distingue bien les bandes dessinées des dessins pleine page des comics. Ainsi on comprend et on ne confond pas l’un et l’autre. Là où Tintin file droit, prisonnier de deux dimensions spatio-temporelle, le comics envoie Batman valdinguer dans un espace flou multi-dimensionnel tant spatial que temporel. Et l’honneur est sauf, la BD reste immaculée et l’artiste acquiert le statut d’adulte.

Ceci dit sans renier Tintin. Mais il y a tout un monde en dehors de ce qui plait à tout le monde. Il y a un langage simple et universel qui a sa place dans notre monde et puis il y a une parole moins directe, moins évidente, qui ne parle peut-être pas à tous immédiatement mais qui devrait pouvoir s’exprimer normalement. C’est le contraire de la communication supermarché : le contenu n’est pas explicité par le contenant mais c’est souvent meilleur (du moins plus subtile).
Ce sont des graphistes qui créent les packages de boites de céréales : ceux-là, d’expérience, sont de Véritables Graphistes Authentiques capables de réaliser des Plaquettes sur l’Aménagement de la Nouvelle Déchetterie. D’ailleurs ils ont des Macintosh™, ce qui suffit généralement à convaincre. Et puis il y a des faux graphistes, des qui n’ont même pas de Mac et qui ne connaissent rien à la typographie, à la charte graphique ou encore à la psychologie des couleurs. Des criminels bons à être lynchés sur la place publique.

L’Underground

D’ailleurs on les qualifient de ’underground’, c’est à dire de sous-sol... de souterrain. La culture underground est une sous-culture. La culture c’est les choses facilement compréhensibles par n’importe quel dictateur colombien ou par tout futur politique boutonneux. La vraie culture est rose, verte ou bleue. Dés que c’est gris, brun, beige, c’est forcément louche et illégal (n’est-ce pas ?).
C’est la réalité. En France la culture est contrôlée par l’industrie via la politique. Concerts interdits si il n’y a pas de ventes de disques à la clef. Publication impossible si il n’y a pas un public exponentiellement viable. Alors l’underground, qui ne demande pas mieux que d’avoir davantage de moyens, reste dans les caves, et s’assombrit logiquement à ce contact.
Sauf pour quelques uns. Quelques artistes, plus doués sûrement, ou mieux éclairés, qui parviennent, ô scandale, à conquérir un assez large public sans l’aide d’un agent ou d’un avocat, sans l’aide de la FNAC ou de Beaux-arts magazine !
Pour ceux-là il faut vite refermer les portes derrière eux : hors de question de laisser ouvertes les portes de la cave, on fait vite rentrer l’artiste dans le monde réel, on le rhabille, on lui met une veste propre et l’on trouve de nouveaux termes pour le définir. On l’encense même plus encore car il faut QU’ON COMPRENNE BIEN qu’il s’agit d’un artiste reconnu par le milieu.
Ainsi le comics underground de qualité devient de l’art contemporain, de la "nouvelle graphique proudhonienne" digne des cou’ Beaux-Arts et des émissions de France-Culture. Ouf ! Le musicien jusqu’alors limite "recherché par la police" devient "affilié SACEM". Ouf ! On a faillit ne rien gagner les gars ! On a faillit laisser croire aux gens que l’art était libre !

Hardcore

La suite logique, pour ceux qui n’ont pas cette chance d’être doués pour parler à tout le monde, c’est de rester underground et de ne pas en démordre, de le défendre avec acharnement.
C’est le noyau dur, le hardcore en anglais.
Hardcore c’est vrai. Le True Hardcore est fier, dur et totalement honnête (respect et conscience). Il est Authentique pour ceux qui y croient et répond à des valeurs immuables.
C’est un moyen encore de créer un langage et d’être compris. Dites "Dans ta face" ou "Œil pour œil" et vous serez compris, essayez d’être plus ouvert et vous serez exclus. Le hardcore, comme réaction aux normes industrielles, a exacerbé le vrai.

Alors si tout cela est bel & bien vrai : où est le faux ?

A suivre...

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