Carnet de voyage 4 Népal - Garage L

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Carnet de voyage 4 Népal

21 05 2008, Katmandou

A l’aéroport le passage de la douane a été rapide et j’ai un visa de 60 jours.
Et dehors j’ai été assailli par les rabatteurs des hôtels. Je me suis écarté avec lui, le 1er qui m’avait parlé, j’ai fumé une cigarette avec lui, nous avons discuté. Dans une camionette nous avons d’abord livré 2 paquets puis direction le quartier de Thamel. Mais l’hôtel à 4 dollars la nuit était complet. Le suivant m’a proposé 10 dollars et est descendu à 6 après marchandage.
Le lendemain matin mon rabatteur est revenu me vendre quelque chose et j’ai changé d’hôtel, je paye ici 300 roupies soit 4 dollars. Mais en voulant aller me promener, mauvaise surprise. Un leader politique (?) a été assassiné il y a une semaine et aujourd’hui il y a des protestations, les commerces sont fermés (des gens passent qui les y obligent) des policiers en tenue anti-émeute sont passés avec de longs bâtons devant les édifices publics, lesquels sont protégés par des armes plus lourdes des vérandas et des terrasses. Une ambulance pass, des regards hostiles vers moi. Bon, retour à l’hôtel, demain les choses redeviendront plus normales.
Beaucoup de maisons en brique, des bâtiments anciens, quelques maisons magnifiques en mauvais état, des marchands de pastèques, des mendiants, des enfants des rues rigolards, bruyants, de la poussière, des détritus, une corneille mange un rat, des fleurs et des oiseaux, des femmes avec un point rouge au front, une boucherie où des bâtonnets d’encens brûle devant la viande pour éloigner les mouches, « tiens ils vendent le tissu qui est chez moi en rideau », passent de petits hérons blancs et plane un grand rapace, il me semble que je suis dans un quartier plutôt indien, j’ai trouvé un plan de Kathmandu, ortographe locale (ou anglaise ?), j’ai une télé avec plein de chaînes anglaises, australiennes, américaines, et TV5 Monde. Et locales aussi. J’ai pas encore fait le tour.

[e-mail : il n’y aura plus de lettres de hong kong. je suis a katmandou.
les lettres sur le clavier sont effacees, c’est pas facile
a suivre

Pour mon premier jour a Katmandou c’etait ville morte, policiers et militaires patrouillant, ambulances et une tension palpable. Un homme d’affaire (maoiste) a ete accuse d’avoir detourne de l’argent par les maoistes qui l’ont torture et tue. L’argent a ete retrouve en fait trois jours apres mais l’innocent etait mort. Manifs de protestation, heurts entre factions rivales, gaz lacrymogene...
Mais j’ai rencontre des Nepalais et ils m’ont invite a voir la finale de football Manchester-Chelsea dans un immense bar avec ecran geant ou il fallait avoir reserve, et je me suis retrouve avec une foule de supporters Nepalais en maillot de l’equipe qu’ils soutiennent, chantant des chants de supporters anglais en buvant de la biere, la plus improbable des premieres soiree a Katmandou.
Et la ville est tres belle, palais et temples anciens en briques et bois sculpte, enfin dans le centre parce que le coin ou j’ai vu le match, pas dans le quartier touristique, c’est plutot petits immeubles en beton...

Aujourd’hui est le premier jour de la Republique du Nepal.
Hier l’assemblee constituante a dechu le roi et decrete la naissance de la Republique democratique federale du Nepal. Plusieurs Nepalais m’avaient conseille de ne pas sortir a cause des bombes (il y en a eu trois) mais rester a regarder Les chiffres et les lettres en noir et blanc ou aller voir la revolution en marche, je n’ai pas hesite.
Je suis alle la ou convergeaient les manifs et j’ai de belles photos d’une maree de drapeaux rouges, avec faucille et marteau, et de gens heureux.Mais je ne sais comment les envoyer.
Viva la constution !!!]

08 06 2008, Pokhara

Dimanche j’ai rejoint le petit groupe de joueurs d’échecs. Le n° 2, qui ne voulait pas jouer avec moi parce que je refuse de jouer de l’argent, s’est décidé à m’affronter et je l’ai battu 3 fois. Puis un autre joueur, lorsque le soir tombait, m’a invité à prendre le thé chez lui. Il est un peu malheureux parce qu’il n’a que des filles (4). Elles sont ravissantes et sa femme est très belle. Mais il est très très pauvre.
Le soir mes voisins à l’hôtel m’ont invité à boire une bière pour leur départ. Une française et un suisse. Leur chambre est immonde, mégots sur la moquette, bouteilles vides partout. Ils m’ont parlé du diable qui leur rend visite et qu’ils essayent d’exorciser avec des mantras tibétains. Et aussi des juifs et des ’crouilles’. Et de la barbarie des indiens, des païens. Et tout le temps, maladie des gens en voyage, ils citaient les prix des choses, chambres d’hôtel, shit, repas etc. Ils m’ont conseillé un endroit en Inde mais j’ai déjà oublié le nom.
J’ai réservé mon billet d’avion pour Jomsom et je pars mercredi.

[e-mail : Je pars demain pour Jomsom. Puis de la je vais a Muktinath (une journee de marche) qui est un lieu de pelerinage bouddhiste et indhouiste. Puis je reviens a Jomsom et je fais le voyage de retour jusqu’a Pokhara a pied par les Annapurnas (7 jours de marche).
Ici les gens sont plutot indifferents au changement historique. "We are not in Kathmandu". J’ai envoye aujourd’hui un courrier dans lequel j’ai transforme une gravure traditionnelle nepalaise avec la faucille et le marteau. Les Nepalais qui l’ont vu m’ont tous dit :" Maoistes no good".]


11 06 2008, Jomsom

Les nuages découvrent puis cachent des pans des hauts sommets enneigés (Nilgiri et Dhaulagiri). Des drapeaux de prière flottent sous les bourrasques du vent. Passe un convoi de chevaux chargés de ballots. Sur le ’pont’ suspendu j’ai croisé un moine tibétain. Le paysage est sévère, pentes arides, montagnes impressionantes.

12 06 2008

J’ai changé d’hôtel. Je suis dans une guest-house à 0,50 € la nuit. J’ai la chambre que Mick jagger occupa le 15/11/90 et pas celle ou Jimmy Hendrix dormit en octobre 1967.

Jomsom

Arrivée à Jomjom j’ai eu le souffle coupé. J’avais du mal à respirer et j’étais épuisé après quelques pas. J’avais dormi 2 h et demi mais ce n’était pas ça. C’était l’altitude. J’ai beaucoup marché quand même. Pour me ballader, pour aller à la poste, pour recharger ma bouteille d’eau. Et chaque fois c’était une aventure.
Et puis de la terrasse de la 2ème guest-house, celle qui a reçu Mick Jagger (je suis dans la même chambre) et qui a accueilli Jimmy Hendrix (il a fait un graffiti dans la salle d’en bas : « When I’ll die I’ll meet you again. Don’t be late. ») J’ai beaucoup regardé la ’rue’ en bas. C’est un chemin de dalles en pierre et il y est passé : 2 troupeaux de chêvres (angora), des chevaux, des ânes, des yacks, des vaches de montagne, des veaux, une poule, des moineaux gras, une fillette de 12 ans portant dans une hotte en osier tressée une bouteille de gaz (20 ? 30 ? kilos), des femmes portant des bottes de paille d’orge, des écoliers des écolières, des hommes tenant des longes, une femme portant du bois, un homme avec un chapeau de cowboy, des pélerins hindous, des hommes et des femmes avec un panier de fourrage frais (ici les choses se portent avec une courroie autour du front), un paysan une houx à la main engueulant l’ouvrier agricole parce qu’il rentrait 10 minutes trop tôt (je suppose), etc. Autour les maisons ont un toit plat avec dessus des drapeaux de prière et des tas de buches.
La plupart des gens ont soit un sac à dos, soit une hotte. Les femmes portent un pantalon large, serré aux chevilles, par-dessus une jupe à deux pans de la même couleur que le pantalon, une large ceinture tissée, une veste tissée, un châle.
Ou un vêtement plus indien.
Je suis dans un autre monde. Un monde de montagnards tibétains.
Ce soir j’ai payé l’hôtel et le repas et les boissons : 6 € 90. La jeune femme m’a rendu 100 roupies népalaises en trop. Je suppose qu’au retour je serais bienvenu de lui avoir rendu son erreur (1 €).
Les habitants ici semblent réservés et souriants. Il y a beaucoup de policiers et de militaires. Jomsom est certainement un lieu stratégique et pour traverser la rivière et ses rapides il n’y a que deux ponts piétonniers.
Et les femmes ici sont si belles...

Muktinath

Muktinath

Pour aller a Muktinath il y a 3 moyens. A pied, à cheval ou en voiture. La jeep. A 14 dedans. Le départ de 7 h je l’ai raté parce qu’il est arrivé des moines tibétains et ils sont prioritaires. Je suis parti à 10 h avec des pèlerins Hindous. Très joyeux voyage sur une piste horrible dans un paysage de désolation, juste de rares arbustes. Les dames du véhicule ont voulu visiter Kag-leni. Une bonne idée. Un bond dans le temps, un choc absolu. Et puis arrivée. Je prends le 1er hôtel. J’ai à 1 € 50 une chambre dont les fenêtresdonnet sur deux côtés. D’un côté au loin les hauts sommets et des chaînes de montagnes. Pile en face 2 villages et un monastère tibétain avec des cultures en terrasse. A droite le complexe des temples, une partie du village, un grand temple tibétain neuf, plus loin un village surplombé devinez quoi ? Des montagnes.
Ah, l’électricité vient de couper. Il est 19 h. Il fait encore un peu jour.
J’ai donné un cours de français à un marchand d’amulettes. J’ai parlé avec une dame qui tissait sur un métier extraordianire. Tout fait à la main avec des outils rudimentaires. Très beau. Au temple-neuf je regardais la façade depuis l’entrée de la cour et le lama m’a dit d’entrer. On retire ses chaussures.

15 06 2008, Ranipaurva

Aujourd’hui je suis allé à la poste. J’ai marché une demie heure sur la piste de montagne. Dans la poste il y avait des sacs de grains. Puis j’ai traversé le village (très médieval) et suis allé au Jharkot Gompa, un monastère tibétain qui a 5 siècles. Les moines étaient en train de faire le tracé préparatoire d’un mandala avec une ficelle enduite de chaux et un pinceau. Autour des fresques, des tissus brodés, des piliers peints, des statues de métal, des instruments de musique, des coffres et des tapis, une sono et un micro. Après je suis allé au village de Purang, un rêve, puis j’ai descendu par le lit d’un ruisseau, des pâtures, un éboulis, jusqu’à la rivière : la Jhong Khola que j’ai traverése par bonds dans les rapides. Une très ardue remontée jusqu’au village de Jhong où des petites filles accourrent pour se faire photographier et voir leur image. Un village de bout du monde. Marche encore, de terribles montées, une passerelle suspendue au-dessus du torrent et c’est Chhyonkhar où des mouettes rient et un moine tourne autour d’un chorten, poussant les moulins à prière en psalmodiant om mani padme om. Retour vers Muktinath, je suis doublé par un cavalier dont le cheval trotte à grande vitesse dans les aspérités du terrain, une clochette sonaillant. Le complexe des temples, des pélerines en sortent avec leurs saris aux couleurs vives chamarrées de dorures. Je téléphone à mon guide-porteur à Pokhara pour qu’il vienne me rejoindre. Il sera là dans deux jours. Il voulait venir me rejoindre à pied mais je lui paye la ’jeep’, hors contrat (il y aura 8 jours de marche dans les montagnes, en descente, plutôt en descente.)
La plupart des gens que j’ai rencontrés en marchant m’ont regardé très méfiants. Soit la crainte de l’inconnu, qui peut-être un brigand ou un magicien, soit mon look qui se rapproche du leur mais quelque chose cloche. Les femmes sont plus faciles d’abord. Il y a des gens qui ont des tronches géniales. Ridées, burinées par le soleil et le gel.
Et partout ces shortens, les drapeaux de prière, parfois une simple pierre, les cranes de yaks sur la façade d’une maison, gravé de texte en plus, les ardoises autour d’un shorten avec des inscriptions et le soir j’entends quelqu’un jouer de la flûte fort bien d’ailleurs.
Le temps est maussade. J’ai eu de la pluie plusieurs fois en marchant. Les vaches viennent mugir devant les étables. Le marchand d’amulettes à qui je donne des cours de français a fermé boutique.
Toute la marche s’est faite entre 3400 et 3800 m, sauf la descente au torrent qui était plus basse. Cela m’a pris 5 h. J’ai vu aussi un oiseau que je ne connaissais pas. Un homme qui allait chercher de l’eau avec un cheval à plusieurs kms, une étrange statue de déesse-mère, un fort en ruine.

28 06 2008, Pokhara

6 jours à marcher, avec chaque jour des dénivelés de plus de 1000 m (positifs ou négatifs). Des paysages désertiques du Mustang aux vallées sub-tropicales. Le dernier jour j’ai fait 2 étapes en une journée. 3800 ’marches’ d’un ’escalier’, dalles inégales, pierres disjointes et ce chien noir qui m’a accompagné sur des kilomètres, va savoir pourquoi, et ces passerelles suspendues au-dessus de torrents. Les mollets douloureux. Et les étudiants français rencontrés en cours de route qui ont voulu que je les invite au jeu de rôle. Je leur ai improvisé un jeu au Népal en 1880. Le moine tibétain adepte du tantrisme noir, le Gurkha de l’armée anglaise, l’excentrique anglais à la recherche du yéti. Jomsom, vallée des abricotiers, Marfa vallée des pommiers. Et le long du chemin des ’mauvaises herbes’ que j’ai fumées bien sur. Tous les soirs mon guide était bourré à l’alcool de riz local, le rakshi. Et ces montagnes si hautes, neiges éternelles, Nilghiri, Everest 1, et d’autres noms que j’ai déjà oubliés, et le thé dans une maison avec une vieille dame genre sorcière, plantes de la montagne qui sèchent, âtre en brique, papillons, les troupes de chevaux, les yacks, les paysans qui tamisent l’orge et les dames et les jeunes filles si belles dans leurs habits tibétains ou indiens.
Retour donc à Pokhara. Je joue aux échecs. Comme je refuse de jouer de l’argent ils parient des thés. Un thé toutes les 3 parties gagnées. J’ai bu 4 thés aujourd’hui. Vu en cours de route : un tag maoiste : une svastika plus la faucille et le marteau. Et la dame tibétainne réfugiée au Népal, elle m’a dit qu’elle a 3 maris, j’ai cru qu’elle plaisantait, mais non, elle est mariée à une fratrie. Mais putain qu’est-ce qu’on bouffe mal ici...

Début juillet 2008, Pokhara

Hier je suis allé à la poste. La dame du guichet a souri en voyant mon envoi. Ca m’a fait plaisir.
Hier j’ai joué aux échecs, au bord du lac, avec le groupe de népalais fous du jeu. Hier je suis resté un long moment avec les commerçantes de rue tibétaines. Elles font des plaisanteries grivoises et jouent les réfugiées politiques, les touristes marchent à fond.
Hier j’ai enfin trouvé l’endroit mal famé de Pokhara. J’y ai peint sur un mur un Rimbaud trash, ai parlé avec un népalais : « Bijou ». Ai acheté un produit local. Prêté mon matériel à un peintre. Le patron a fait un merveilleux tour de passe pour m’arnaquer d’un demi euro. Hier j’ai mangé japonais. Hier j’ai trop fumé et trop bu. Hier il a plu. J’ai tué une blatte. Hier j’ai été contacté sur internet par un gang africain d’escrocs électroniques. J’ai écrit à la gendarmerie de Forcalquier pour le leur signaler. Ce serait amusant, non ? Pour un voyage d’avoir en plus un contact avec Interpol par exemple.
Et la nuit je vois des télés indiennes, de Singapour, des films de monstres japonais, des westerns méxicains, des super-héros américains, Mr. Bean, Just for laugh canadien, un film de Truffaut, Alien 3, Wimbledon, du catch, la panthère rose en dessin animé, du cricket indien, les infos de CNN, je zappe.
Il faudrait que je reparte, il y a à Nagarkot une guest-house qui s’appelle « The end of the universe ». Je pourrais y faire quelque chose pour le Garage L..

[e-mail : Je suis a Nagarkot et demain soir je dormirai a l’hotel "End of universe".
Est-ce de l’art conceptuel ?
F.P

Aujourd’hui je suis alle a la poste, pres d’un grand bassin sacre, et j’ai envoye un petit carnet fait pour la fin du monde, que dis-je, pour la fin de l’univers. Mais combien de temps mettra t-il pour arriver, c’est la surprise des postes nepalaises.
Aujourd’hui aussi une vieille dame que je vois chaque jour m’a invite a prendre le the chez elle.
Une plongee en plein moyen age. Pas d’electricite, une ruelle de boue et de paille avec des poules, des canards, des buffles. Du coup je l’ai invitee avec sa fille de 26 ans a manger au restaurant et c’etait la premiere fois que la jeune femme mangeait dans un resto. Elles avaient mis leurs plus beaus saris et essayaient de la jouer affranchies. En plus j’ai prete a la demoiselle mon MP3, occasion pour elle d’entendre pour la premiere fois de sa vie du reggae et de la techno. Pour 6 euros, bieres comprises j’ai fait 2 heureuses.

Je vois que vous baignez dans l’eschatologie. Et le chiffre de la bete sera 666. Je pars ce soir pour San Francisco. Je suis malade, peut-etre une bronchite, mais ca passera aux USA, j’ai trouve quelqu’un pour m’heberger, merci couchsurfing, en route pour burning man.]

Le Garage L. boulevard Bouche 04300 Forcalquier - 04 92 74 91 87 Suivre la vie du site RSS 2.0